Chaque mois de septembre, c’est le même rituel. Les palettes remplacent une partie des rayons habituels, les catalogues s’épaississent et les supermarchés comme les grands cavistes promettent aux consommateurs de remplir leur cave à prix doux.
La foire aux vins est devenue l’un des grands rendez-vous commerciaux de la rentrée. Et avec elle revient invariablement le même mot : « pépite ». Il mérite pourtant d’être sérieusement relativisé.
Car si l’on entend par pépite un grand vin vendu nettement moins cher que son prix habituel, les foires aux vins en proposent finalement assez peu. Et pour cause, les grands domaines sont recherchés, leurs allocations limitées et ils n’ont généralement aucune raison de casser leurs prix.
La foire aux vins reste d’abord une affaire de volumes
Le modèle même de la grande distribution impose ses contraintes. Pour alimenter plusieurs centaines de magasins, il faut des volumes importants. Or, les vignerons les plus recherchés produisent souvent peu et leurs bouteilles sont vendues sous allocation, parfois difficiles à obtenir même pour les cavistes et les restaurateurs.
Les foires aux vins privilégient donc mécaniquement les propriétés capables de fournir de gros volumes et les appellations facilement identifiables. Lidl en fournit une bonne illustration cette année avec une centaine de références, dont une grande partie sous les 10 euros…
On pourra y trouver des bouteilles honnêtes et quelques bons vins. Mais les grands vignerons y sont, par nature, plutôt rares. Et lorsqu’on a la chance d’en croiser, cela ne signifie pas pour autant que l’on réalise une bonne affaire.
Les bonnes affaires ne sont pas toujours au rendez-vous
Reste un autre mythe autour des foires aux vins, celui des prix. Même lorsqu’un grand vigneron apparaît dans les rayons, son vin n’est pas nécessairement vendu moins cher qu’ailleurs.
Pour l’amateur, l’intérêt est donc souvent ailleurs : accéder à des bouteilles rares, découvrir de beaux domaines et profiter du travail de sélection réalisé par certains magasins.
Quelques enseignes parviennent justement à sortir de la logique des volumes pour proposer des sélections beaucoup plus pointues. C’est notamment le cas à Levallois.
À Levallois, une sélection qui mérite le détour
Le cas du E.Leclerc de Levallois-Perret est particulièrement révélateur.
Pour sa foire aux vins, organisée du 30 septembre au 11 octobre, le magasin dirigé par Jérémy Bellais annonce une sélection qui tranche franchement avec l’image traditionnelle des grandes surfaces.
Toutes les régions sont représentées et, surtout, quelques-uns des vignerons les plus recherchés par les amateurs apparaissent au catalogue.
On y trouvera notamment le Morgon Classique 2023 de Jean Foillard à 19,90 euros, le riesling 2023 du Domaine Trapet à 23,90 euros, les Vieilles Vignes 2022 de Philippe Alliet à 23,90 euros, le Sancerre Flores 2021 de Vincent Pinard à 23,90 euros ou encore le 1769 2022 du Clos Venturi à 19,90 euros.
Des noms qui commencent déjà à rendre la sélection intéressante.
Mais le magasin va plus loin.
Six bouteilles du Gevrey-Chambertin Village 2022 de Méo-Camuzet sont annoncées à 95 euros. Six bouteilles également du Meursault 1er cru Poruzots 2023 de François Mikulski, à 149 euros. Douze bouteilles du Pouilly-Fuissé 2023 du Domaine Leflaive seront proposées à 95 euros et vingt-quatre bouteilles du Silex 2022 de Louis-Benjamin Dagueneau à 159 euros.
Pour les collectionneurs, douze bouteilles de Clos de Tart 2021 seront même disponibles à 959 euros.
Soyons clairs, ce ne sont pas nécessairement des affaires.
On ne vient pas ici acheter du Méo-Camuzet ou du Dagueneau à moitié prix. Et certains tarifs pourront être retrouvés ailleurs à des niveaux comparables.
Ce qui est remarquable tient surtout à la possibilité de trouver autant de signatures recherchées réunies dans les rayons d’un hypermarché.
Une foire aux vins peut malgré tout réserver de belles surprises
Faut-il pour autant bouder les foires aux vins ? Non. Certaines peuvent proposer quelques jolies bouteilles, des sélections plus personnelles et parfois des dégustations en présence de vignerons. Pour l’amateur, c’est l’occasion de goûter, de comparer et, pourquoi pas, de repartir avec quelques belles découvertes.
Le Leclerc de Levallois en est un bon exemple. La présence de Foillard, Alliet, Trapet, Clos Venturi ou encore Dagueneau montre qu’une grande surface peut, ponctuellement, sortir de la logique des volumes pour proposer une sélection plus ambitieuse.
Mais il ne faut pas se tromper sur la nature de l’exercice. Une belle bouteille proposée pendant une foire aux vins n’est pas nécessairement une bonne affaire, et une remise importante ne transforme pas un vin ordinaire en grand vin.
Les grands vignerons se découvrent rarement en grande surface
C’est finalement la principale limite des foires aux vins. Les grands vignerons produisent souvent peu, vendent sous allocation et n’ont généralement aucun besoin de participer à la guerre des prix pour écouler leurs bouteilles.
On peut donc trouver de bons vins dans une foire aux vins, parfois même quelques grands flacons. Mais ce n’est pas dans les allées d’un supermarché, et encore moins en cherchant le prix le plus bas, que l’on découvre le mieux ce que le vin peut offrir.
Pour cela, rien ne remplace encore le travail d’un bon caviste, les dégustations, les salons et, mieux encore, la rencontre avec les vignerons au domaine.
À Levallois, repartir avec un Foillard, un Alliet ou un Clos Venturi sous le bras sera certainement une bonne raison de faire le déplacement. Mais la véritable découverte du vin commence souvent ailleurs.


