Après cent trente ans de règne familial, les Cruse cèdent le château du Taillan, cru bourgeois exceptionnel du Haut-Médoc, à Laurent Marti. Le président de l'UBB confirme ses ambitions dans le vin et promet une reprise placée sous le signe de la qualité.
Il est des domaines dont on croyait le nom scellé à une famille pour toujours. Le château du Taillan, cru bourgeois exceptionnel du Haut-Médoc, en faisait partie. Après cent trente ans, les Cruse passent pourtant le relais : le domaine revient à Laurent Marti, patron de l’Union Bordeaux Bègles, qui poursuit ainsi son entrée dans le vin bordelais.
Une histoire familiale centenaire
L’histoire familiale remontait à 1896 et à Henri Cruse, figure du négoce girondin. Elle s’était perpétuée jusqu’aux cinq filles de Henri-François Cruse, qui reprirent ensemble la propriété en 1992. Parmi elles, Armelle, œnologue, s’installa à la barre à seulement trente ans. Sous sa conduite, le Taillan est devenu l’une des références du Haut-Médoc, au point d’accéder en 2020 au rang de cru bourgeois exceptionnel, statut reconduit en 2025. Une distinction rare : quatorze châteaux seulement l’obtiennent, sur les cent soixante-dix que compte le classement. Armelle Cruse préside d’ailleurs aujourd’hui l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc.
Les crus bourgeois du Médoc
Ce classement distingue les domaines de qualité situés en dehors du célèbre classement de 1855. Il se décline en trois échelons, dont le plus élevé, « cru bourgeois exceptionnel », est le plus recherché. Pour l’amateur, c’est une voie d’accès fiable et souvent bien tarifée vers les grands rouges de garde de la rive gauche, ces vins de graves portés par le cabernet sauvignon et le merlot.
Après cent trente ans de règne familial, les Cruse cèdent le château du Taillan, cru bourgeois exceptionnel du Haut-Médoc, à Laurent Marti. Le président de l'UBB confirme ses ambitions dans le vin et promet une reprise placée sous le signe de la qualité.
La relève déjà assurée
Le passage de témoin s’organise sans heurt. Armelle Cruse accompagne le nouveau propriétaire jusqu’au 31 octobre, le temps d’une première récolte partagée, pendant que sa fille Tatiana Giraud continue de piloter les événements et les séminaires du domaine. « Nous avons choisi de céder la propriété à un dirigeant ambitieux qui saura prendre soin de ce patrimoine », résume la cédante, manière de dire que la transmission comptait autant que la transaction.
Côté projet, Laurent Marti vise la qualité avant la quantité : il entend réduire de moitié la surface plantée, de vingt à dix hectares, pour ne garder que les plus beaux terroirs, et donner plus d’ampleur au vin blanc, denrée rare en pays médocain. Chais et bâtiments anciens seront restaurés, avec le concours de l’œnologue Stéphane Dief, déjà à ses côtés au château Picque-Caillou, sa première acquisition girondine il y a quelques mois. Passé par le textile avant de bâtir la réussite sportive de l’UBB, ce chef d’entreprise applique ici la même logique de patience : construire dans le temps plutôt que chercher l’effet immédiat.
Reste le contexte, moins souriant. Dans le vignoble bordelais, les propriétés à vendre se comptent aujourd’hui plus nombreuses que les candidats à la reprise. En s’engageant, Laurent Marti revendique un geste de fond, « un acte de préservation patrimoniale et un soutien à une économie viticole qui mérite d’être défendue ». Preuve, s’il en fallait, qu’un château ne se possède jamais tout à fait : on en devient le gardien, pour un temps.