Dans ce village du Var, premier de France à s’être converti collectivement au bio il y a trente ans, la récolte 2026 a commencé le cœur serré. Cet été, l’incendie du massif du Gros Bessillon a parcouru près de 6 300 hectares et ravagé plus de la moitié du territoire communal.
Parti fin juillet et déclaré éteinte le 18 août, le feu a frappé les communes de Correns, Cotignac et Montfort-sur-Argens, laissant derrière lui maisons, jardins et parcelles calcinés. Dans ce bourg de moins de mille habitants, certains vignerons ont payé un lourd tribut : l’un d’eux a vu brûler près de 20 % de ses 25 hectares. Des ceps devront être arrachés, tandis que d’autres, dont les sols ont été fragilisés par la chaleur, ne reverdiront peut-être qu’au printemps prochain.
Un coupe-feu naturel salvateur
Au milieu du désastre, un fait a marqué les esprits : les rangs de vigne ont joué un rôle de coupe-feu. Moins inflammables que la garrigue environnante, ils ont ralenti la progression des flammes et protégé une partie du village. Sans ces parcelles patiemment entretenues, le bilan aurait été plus lourd encore, dans une commune qui a fait du respect du vivant sa signature depuis trois décennies.
Des vendanges sur un fil
À Correns, on vendange traditionnellement de nuit, pour préserver la fraîcheur et les arômes des rosés et des blancs qui font sa réputation. Cette année, la récolte a débuté avec une quinzaine de jours d’avance sur 2025, un millésime déjà précoce. Par prudence, les vignerons récoltent et vinifient parcelle par parcelle, afin de détecter un éventuel goût de fumée sur les raisins les plus exposés avant de procéder aux assemblages.
Derrière l’amertume perce une forme d’espérance. En sauvant leur village, les vignes de Correns rappellent qu’un vignoble vivant reste l’un des meilleurs remparts contre l’incendie, et que ce terroir bio, meurtri mais debout, prépare déjà son millésime 2026.


