Le gang avait tout prévu. Au moins sept hommes, le visage couvert, entrent dans l’entrepôt d’Antinori, une des plus anciennes et prestigieuses dynasties viticoles d’Italie. Ils coupent les alarmes, neutralisent les caméras, puis sortent les chariots élévateurs. Les bouteilles les attendent, déjà sur palettes, prêtes à partir chez des clients étrangers : il n’y a plus qu’à charger. Personne ne s’aperçoit de rien avant le lundi matin, à l’arrivée des employés.
Les voleurs savaient ce qu’ils venaient chercher. Tignanello, Solaia et Guado al Tasso, millésime 2023 : les trois étiquettes qui ont fait la gloire d’une maison pluricentenaire fondée en 1385, vendues de 120 à 400 euros la bouteille. « Le gang était parfaitement préparé », reconnaît Renzo Cotarella, directeur général du domaine, dans le Corriere della Sera. « Un vol de cette ampleur et de cette valeur n’a jamais eu lieu auparavant en Italie. »
Bon à savoir
Né avec le millésime 1971, le Tignanello compte parmi les premiers « super-toscans » : un Sangiovese assemblé à des cépages bordelais, sans les raisins blancs qu’imposait alors le chianti. Un pied de nez au règlement devenu l’un des rouges italiens les plus recherchés des collectionneurs.
Le patron d’Antinori veut croire que la marchandise sera retrouvée. « Deux camions remplis de marchandises ne peuvent pas disparaître comme par magie », affirme-t-il, rappelant que les routes toscanes sont truffées de caméras. Un précédent n’incite pourtant pas à l’optimisme : mi-septembre, une cave d’Alba, dans le Piémont, se faisait déjà dévaliser de 3 000 bouteilles de Barolo. Chers, faciles à revendre et prisés à l’étranger, les grands crus italiens sont devenus une cible pour des bandes organisées. « Les domaines sont préparés à voir quelques caisses d’or rouge disparaître pendant le transport » admet Renzo Cotarella. Mais peu s’attendaient à ce casse retentissant.


