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Montmartre, l’incroyable histoire d’une vigne au cœur de Paris

Quelques rangs de vigne au milieu de Paris, à deux pas du Sacré-Cœur. Le Clos Montmartre pourrait passer pour une simple curiosité parisienne. Son histoire raconte pourtant plusieurs siècles de viticulture sur la Butte, la disparition progressive des vignobles de la capitale et leur renaissance improbable dans les années 1930. Une aventure que la Fête des Vendanges célèbre chaque automne depuis plus de 90 ans.

Il faut quitter quelques instants les terrasses et les boutiques de la Butte, descendre vers la rue des Saules et pousser jusqu’à la rue Saint-Vincent. Derrière une grille apparaît alors une image devenue presque incongrue à Paris. Des rangées de ceps descendent la pente, avec les immeubles de Montmartre pour horizon.

Bienvenue au Clos Montmartre, probablement le vignoble le plus célèbre de la capitale. Avec ses quelque 1 500 m², il ne risque pas de bouleverser les équilibres du vignoble français. Mais ce petit morceau de terre raconte une histoire bien plus grande que lui.

Quand Montmartre était couvert de vignes

La présence de la vigne autour de Paris remonte à l’Antiquité. À Montmartre, son développement prend notamment de l’ampleur au Moyen Âge, lorsque les religieuses de l’abbaye fondée au XIIe siècle exploitent les terres de la Butte.

Pendant plusieurs siècles, la vigne fait partie du paysage montmartrois. Elle aurait même occupé, à certaines périodes, une grande partie de la colline.

Le vin produit ici n’a alors rien d’un grand cru destiné aux tables royales. C’est un vin parisien, populaire et local, que l’on boit dans les tavernes puis dans les cabarets et les guinguettes.

Montmartre est encore un village aux portes de Paris. Ses moulins dominent les cultures, les jardins et les vignes. Le quartier ne sera rattaché à la capitale qu’en 1860.

L’urbanisation va progressivement changer le paysage. Les constructions gagnent la Butte, les parcelles agricoles disparaissent et le vignoble recule. À la fin des années 1920, la vigne a pratiquement disparu de Montmartre. Elle aurait pu ne jamais revenir.

Une vigne plantée pour sauver un terrain

Le retour du vignoble doit beaucoup à une histoire très montmartroise. Au début des années 1930, le terrain situé à l’angle des rues des Saules et Saint-Vincent est menacé par l’urbanisation. Des amoureux de Montmartre se mobilisent pour préserver ce qui constitue encore l’un des rares espaces libres du quartier.

Parmi eux figurent plusieurs personnages de la vie artistique et associative de la Butte, dont le dessinateur Francisque Poulbot, dont le nom restera attaché aux célèbres gamins de Montmartre. L’idée est aussi simple qu’ingénieuse. Pour protéger le terrain, pourquoi ne pas lui redonner sa vocation agricole en y replantant de la vigne ?

En 1933, avec le soutien de la Ville de Paris, les premiers ceps sont mis en terre. Le Clos Montmartre est né.

Derrière l’image romantique du petit vignoble parisien se cache donc une histoire assez savoureuse. Si l’on produit encore aujourd’hui du vin à Montmartre, c’est aussi parce qu’il y a près d’un siècle quelques habitants ont choisi la vigne pour préserver un morceau de leur quartier de l’expansion immobilière.

Une première fête avant même la première vendange

C – Erwan-Floch

Les Montmartrois n’ont pas attendu longtemps pour célébrer leur nouvelle vigne. Dès 1934 est organisée la première Fête des Vendanges de Montmartre, avec Mistinguett et Fernandel comme parrains.

Il reste cependant un petit problème. Plantés seulement l’année précédente, les ceps montmartrois ne sont évidemment pas encore en mesure de fournir une véritable récolte. Qu’importe. Des raisins venus d’autres vignobles permettent d’organiser la fête.

La Fête des Vendanges est ainsi née avant même que le nouveau vignoble de Montmartre ne puisse réellement être vendangé. Une histoire difficile à inventer et finalement assez fidèle à l’esprit de la Butte.

Du gamay et du pinot au pied du Sacré-Cœur

Plus de 90 ans après sa plantation, le Clos est toujours là.

La parcelle compte aujourd’hui environ 1 700 pieds et présente une diversité assez étonnante pour une surface aussi réduite. Le gamay domine, accompagné notamment de pinot noir et de nombreux autres cépages.

La vigne appartient à la Ville de Paris et est entretenue tout au long de l’année par ses jardiniers. Chaque automne, les grappes sont récoltées puis transformées en deux cuvées, un rouge et un rosé.

Et le vin est réellement élaboré à Montmartre, ou presque. Après avoir quitté la vigne, les raisins parcourent quelques centaines de mètres pour rejoindre les caves de la mairie du XVIIIe arrondissement, où s’effectue la vinification sous contrôle œnologique.

La production reste naturellement confidentielle. Il ne s’agit pas ici de rivaliser avec les grands terroirs français. Le plaisir tient autant à ce qu’il y a autour de la bouteille qu’à ce qu’elle contient.

Boire un Clos Montmartre, c’est tout simplement boire un vin issu de raisins cultivés au cœur de Paris.

La démarche possède aussi une dimension solidaire puisque les recettes tirées de la vente des bouteilles participent au financement des œuvres sociales de l’arrondissement.

Quand tout Montmartre fête les vendanges

Ce petit vignoble a donné naissance à une fête qui, elle, n’a plus rien de confidentiel. Chaque automne, généralement autour du deuxième week-end d’octobre, la Fête des Vendanges transforme pendant plusieurs jours les rues du XVIIIe arrondissement.

Confréries viticoles, vignerons, producteurs, artisans, musiciens, habitants et visiteurs se retrouvent autour du vin et de la gastronomie. Le Grand Défilé des confréries reste l’un de ses moments emblématiques.

Ce qui n’était en 1934 qu’une célébration autour d’une vigne tout juste plantée est devenu l’un des grands rendez-vous populaires de Paris.

Du 7 au 11 octobre, le 18e donne le rythme

En 2026, la Fête des Vendanges célébrera sa 93e édition du 7 au 11 octobre. Près de 500 000 visiteurs sont attendus pour ce qui est aujourd’hui présenté comme le troisième plus grand événement parisien organisé par la Ville de Paris. Pendant cinq jours, les festivités dépasseront largement les quelques rangées de vigne de la rue Saint-Vincent pour investir les différents quartiers du XVIIIe arrondissement.

Cette année, la musique servira de fil rouge sous la bannière « Le 18e donne le rythme ». Concerts, chorales, fanfares, bals et spectacles de rue accompagneront les rendez-vous historiques de la fête. Le Parcours du Goût réunira du vendredi au dimanche producteurs, viticulteurs et artisans au pied du Sacré-Cœur, tandis que le samedi 10 octobre concentrera deux des moments les plus attendus avec le Ban des Vendanges puis le Grand Défilé dans les rues de Montmartre.

L’édition 2026 proposera aussi quelques nouveautés, dont une Scène des Vendanges au pied de la Butte, des balades à bord d’un bus ancien, un pique-nique musical et une Block Party à la Porte de la Chapelle. Le dimanche, l’incontournable cérémonie des non-demandes en mariage précédera le Bal de clôture qui refermera ces cinq jours de festivités.

Une fête devenue immense pour un vignoble qui, lui, tient toujours sur 1 500 m². Près d’un siècle après la plantation des premiers ceps, c’est sans doute le plus joli paradoxe du Clos Montmartre.

Quelques rangs de vigne au milieu de Paris, à deux pas du Sacré-Cœur. Le Clos Montmartre pourrait passer pour une simple curiosité parisienne. Son histoire raconte pourtant plusieurs siècles de viticulture sur la Butte, la disparition progressive des vignobles de la capitale et leur renaissance improbable dans les années 1930. Une aventure que la Fête des Vendanges célèbre chaque automne depuis plus de 90 ans.

Hadrien Le Roux dirige et développe des médias depuis plus de dix ans. Grand amateur de vin, curieux des terroirs et surtout de celles et ceux qui les font vivre, il a fondé La Lettre du Vin avec l’envie de raconter le vin simplement, sans snobisme, mais avec passion et exigence.

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