Par amour du vin et de ceux qui le font

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Enquête

2 min

Quand le vin était au menu des cantines d’école

VIN servi à l'école
Le vin servi à l’école, une pratique autrefois courante désormais totalement disparue.

En ce jour de rentrée des classes, retour sur un passé pas si lointain où des générations d'écoliers buvaient leur verre de vin coupé d'eau à la cantine. Une habitude devenue impensable, que l'INA a fixée sur pellicule.

La scène paraît aujourd’hui invraisemblable. Dans les années 1930, puis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pichet de vin trônait sur la table de la cantine, entre la carafe d’eau et la corbeille de pain. Les plus jeunes le recevaient largement coupé d’eau, les grands presque pur. Boire du vin à l’école n’avait alors rien d’un scandale : c’était la norme.

Le vin, cet « aliment » du bon élève

On croyait le vin fortifiant, tonique, presque médicinal. Et pour partie, ce n’était pas qu’une croyance : dans une France où l’eau était souvent contaminée et transmettait la typhoïde ou le choléra, le vin, grâce à son alcool et à son acidité, offrait un réel avantage sanitaire. Louis Pasteur lui-même affirmait que « le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ». Les affiches de propagande viticole vantaient un « aliment complet » et rappelaient qu’un litre de vin apportait de l’énergie à celui qui travaille. Le lobby des producteurs, très puissant sous la IIIe République, veillait à entretenir cette conviction jusque dans les manuels.

Ainsi, jusqu’au milieu des années 1950, il n’était pas rare qu’un instituteur laisse un peu de vin aux élèves les plus méritants, ou que la cantine serve le repas de midi accompagné de sa ration. Le pays comptait alors des dizaines de milliers de débits de boisson et une consommation moyenne parmi les plus élevées au monde.

BON À SAVOIR

Le lait contre le vin
En 1954, le président du Conseil Pierre Mendès France lance une campagne restée célèbre : un verre de lait gratuit distribué chaque jour aux écoliers. Le geste, autant sanitaire que symbolique, marque le début d’un long combat contre l’alcoolisme et prépare les esprits au tournant de 1956.

En ce jour de rentrée des classes, retour sur un passé pas si lointain où des générations d'écoliers buvaient leur verre de vin coupé d'eau à la cantine. Une habitude devenue impensable, que l'INA a fixée sur pellicule.

1956, le verre de trop

Le basculement intervient le 30 octobre 1956. Une circulaire interdit les boissons alcoolisées, vin compris, aux élèves de moins de quatorze ans dans les écoles. La mesure fait grincer des dents dans les régions viticoles, mais elle acte un changement de regard : le vin n’est plus un aliment, c’est un risque. Il faudra pourtant attendre 1981 pour que l’alcool disparaisse totalement des établissements scolaires, pour tous les âges.

En regardant ces images en noir et blanc, on mesure le chemin parcouru. Ce qui semblait naturel à nos grands-parents nous paraît aujourd’hui déconcertant. Le vin n’a rien perdu de sa place à la table française, mais il l’a quittée, définitivement, à celle des enfants. Une belle manière, en ce jour de rentrée, de rappeler que le goût du vin est aussi une affaire d’époque et de mesure.

Co-fondateur et rédacteur en chef adjoint. Ex-communicant et passionné de cartographie viticole, il met sa plume au service du vin et des hommes qui le font.

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