De Brooklyn à la Bourgogne
Imaginez la scène. Le château du Clos de Vougeot, monument emblématique de la Bourgogne viticole, des bouteilles de grands domaines qui circulent dans les verres et, derrière les platines, quelques grands noms du hip-hop français et américain.
Bienvenue à Vin et Hip-Hop.
Sous-titré « Brooklyn to Burgundy », l’événement est né en Bourgogne en 2022 d’une idée finalement assez simple. Réunir deux cultures que tout semblait éloigner, mais qui ont en réalité beaucoup à se raconter.
D’un côté, le vin, ses terroirs, ses vignerons, ses traditions et ses grands domaines. De l’autre, le hip-hop, né à New York avant de devenir l’un des mouvements culturels les plus influents de la planète.
Au milieu, une même envie de transmission, de création et surtout de partage.
Le succès est spectaculaire. Lors de l’ouverture de la billetterie de cette cinquième édition, 5 600 connexions ont été enregistrées en une minute pour une jauge limitée à 720 personnes. L’organisation prévoit déjà de passer à deux jours en 2027.
MC Solaar, Talib Kweli, Cut Killer et D-Nice au milieu des grands crus
Pour comprendre l’ampleur prise par le rendez-vous, il suffit de regarder l’affiche 2026.
Le 14 octobre, MC Solaar et Cut Killer représenteront le hip-hop français tandis que les États-Unis seront notamment incarnés par Talib Kweli et D-Nice. Une programmation assez improbable entre les murs d’un château qui abrite la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.
Et c’est précisément ce décalage qui fait tout le charme de l’événement.
Ici, pas question de choisir entre patrimoine et modernité. On vient écouter un DJ set, découvrir des artistes, manger, danser et déguster des vins. Jeunes talents et domaines historiques se retrouvent derrière les mêmes tables, dans une atmosphère qui cherche volontairement à casser les codes traditionnels de la dégustation.
Un grand cru n’a finalement aucune obligation d’être dégusté dans le silence.
Faire sortir le vin de l’entre-soi
Derrière la fête se cache aussi une réflexion plus profonde sur la manière dont le monde du vin parle aux nouvelles générations.
Pendant le confinement, Jérémy Seysses, du célèbre Domaine Dujac à Morey-Saint-Denis, s’interroge sur un univers qu’il juge devenu trop fermé sur lui-même.
Son constat est sévère. Le vin peut donner l’impression de ne plus s’adresser qu’aux initiés, alors même qu’une partie des jeunes consommateurs s’en éloigne.
Avec Milena Berman et Loïc Lamy, il imagine alors une autre manière de raconter le vin. Plus festive, plus culturelle et surtout beaucoup moins intimidante.
Le trio lance l’aventure avec Hautes Côtes, la société d’événementiel cofondée par Milena Berman et Loïc Lamy. Jermaine Stone, rappeur originaire du Bronx et créateur du podcast Wine & Hip Hop, rejoint le projet et devient le MC de ces rencontres.
La première édition tient presque de l’expérimentation. Quelques braseros, des grilled cheese, du vin, de la musique et le Clos du Moulin aux Moines à Auxey-Duresses pour accueillir tout ce petit monde.
Puis le bouche-à-oreille fait le reste.
Grilled cheese, pinot noir et platines
Le concept fonctionne peut-être parce qu’il évite justement de trop se prendre au sérieux.
Vin et Hip-Hop ne cherche pas à rendre le vin moins exigeant. Il cherche à rendre son univers plus accueillant.
On peut parler terroir sans chuchoter. Découvrir une grande bouteille entre deux morceaux. Échanger avec un vigneron sans forcément maîtriser les climats de Bourgogne par cœur. Et manger un grilled cheese avec un grand cru sans risquer l’excommunication.
Le parti pris est d’autant plus intéressant qu’il intervient à un moment où le monde du vin cherche à renouveler son public.
Vin et Hip-Hop apporte une réponse assez rafraîchissante. Plutôt que de demander aux nouvelles générations d’adopter tous les codes historiques du vin, pourquoi ne pas faire entrer le vin dans leurs propres univers culturels ?
De la Bourgogne à Los Angeles
L’expérience commence désormais à voyager.
Après plusieurs éditions bourguignonnes, le concept s’est installé en Champagne en 2025 avec une première édition de Pop et Hip-Hop. En mars 2026, Vin et Hip-Hop a également traversé l’Atlantique pour une première édition à Los Angeles.
Un retour aux États-Unis presque naturel pour un événement qui revendique depuis ses débuts ce pont entre cultures française et américaine.
Et l’histoire ne devrait pas s’arrêter là. Une déclinaison bordelaise est déjà envisagée.
Le vin peut aussi être cool
C’est peut-être finalement la grande réussite de Vin et Hip-Hop.
Rappeler qu’aimer profondément le vin, respecter le travail des vignerons et s’intéresser aux grands terroirs n’oblige pas à reproduire éternellement les mêmes codes.
Le vin est un produit de culture. Le hip-hop aussi.
Tous deux parlent de lieux, de générations, de transmission, de savoir-faire et de personnalités. Tous deux peuvent être extrêmement pointus sans être réservés à quelques initiés.
Alors voir MC Solaar, Talib Kweli ou Cut Killer faire vibrer le château du Clos de Vougeot n’a finalement rien d’une provocation.
C’est peut-être même exactement ce dont le vin a besoin aujourd’hui pour continuer à donner envie.


