À quelques jours de la venue historique du pape Léon XIV à Metz, prévue pour le 28 septembre prochain, la ferveur religieuse s’est doublée d’un véritable engouement œnologique. C’est la première fois depuis la visite de Jean-Paul II en 1988 qu’un souverain pontife foule le sol messin. Pour célébrer cet événement exceptionnel, une initiative viticole locale a transformé une simple production de terroir en un phénomène médiatique et commercial sans précédent.
Une opportunité née du hasard
Au cœur de cette aventure se trouve Arnaud Stapurewicz, jeune vigneron qui a repris en janvier dernier les rênes du Domaine de la Joyeuse à Ancy-Dornot, une exploitation familiale de 3,5 hectares cultivée en agriculture biologique. L’histoire commence au cours de l’été lors d’un échange informel avec un archiprêtre local. Ce dernier suggère d’abord de concevoir une bière commémorative pour l’événement. Face aux contraintes de temps, le vigneron propose une alternative naturelle : utiliser une cuve d’auxerrois, cépage emblématique de l’AOC Moselle, initialement destinée à l’assemblage de son crémant.
Séduit par le projet, l’évêque de Metz, Monseigneur Philippe Ballot, donne rapidement son feu vert, épaulé par les équipes du diocèse. En trois jours seulement, une étiquette exclusive arborant la charte graphique officielle de la visite, le visage du pape et la cathédrale de Metz est dessinée.
500 bouteilles écoulées en 48 heures
Le diocèse met en vente cette série limitée de 500 bouteilles au prix de 18 euros l’unité, les bénéfices étant destinés à contribuer au financement de l’organisation de la venue papale. Dès l’annonce de sa sortie, le bouche-à-oreille et un engouement massif sur les réseaux sociaux emportent tout sur leur passage : le stock s’épuise intégralement en moins de 48 heures.
Aujourd’hui introuvable, la cuvée collector suscite encore de nombreuses demandes d’amateurs déçus. Si le vigneron s’étonne de ce buzz, il salue la rareté de ce flacon unique qui a offert un coup de projecteur inestimable à son domaine qui produit 12 000 bouteilles par an.
Garder les pieds sur terre
Ancien professionnel du bâtiment ayant œuvré sur le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Arnaud Stapurewicz vit cette opération comme l’une des plus belles réussites de sa jeune carrière. Pour autant, le viticulteur refuse de transformer son exploitation en fabrique à produits dérivés. S’il est lui-même pratiquant et honoré par cette opportunité, il tient à préserver l’authenticité de son savoir-faire et l’identité du Domaine de la Joyeuse sans céder aux sirènes du mercantilisme.
Le pape Léon XIV aura-t-il l’occasion de tremper ses lèvres dans ce nectar mosellan lors de son séjour ? Si le vigneron a transmis des bouteilles au comité d’organisation, la composition finale du menu papal reste un secret bien gardé. Quoi qu’il en soit, le vigneron mosellan prépare déjà l’avenir avec sérénité, fort d’un projet d’agrandissement de son vignoble pour porter sa surface à 5 hectares.


